Chaque mois, des millions de femmes vivent leur phase lutéale (de l’ovulation jusqu’ à l’arrivée des règles) comme une tempête intérieure. Pleurs inexpliqués, colère soudaine, anxiété envahissante… Pour certaines, ces symptômes vont bien au-delà d’un simple « blues prémenstruel ». On parle alors de TDPM— Trouble Dysphorique PréMenstruel.
nous allons voir ensemble.
Dans cet article, je propose : de clarifier la différence entre SPM et TDPM, – puis de faire un focus “plantes” (phytothérapie) avec un gros rappel sécurité (interactions, contre-indications), le tout en complément d’un suivi médical. L’objectif : donner une grille de lecture simple et des pistes naturelles sérieuses, sans minimiser la souffrance que cela peut représenter.
Partie 1 — SPM vs TDPM : deux réalités très différentes
Le SPM, un trouble féminin courant
Le Syndrome PréMenstruel (SPM) désigne un ensemble de symptômes physiques, émotionnels et psychologiques qui apparaissent dans les jours précédant les règles et disparaissent généralement à leur arrivée.
Ces symptômes sont nombreux et variés :
- Physiques : seins douloureux, rétention d’eau, ballonnements, acné, fatigue, maux de tête
- Émotionnels : irritabilité, anxiété, sautes d’humeur, tristesse passagère
- Cognitifs : difficultés de concentration, brouillard mental
Environ 75 % des femmes présentent des symptômes de SPM à un moment ou un autre de leur vie reproductive, avec des intensités très variables. Le SPM est influencé par de nombreux facteurs : sensibilité individuelle aux hormones, état du microbiote, qualité du sommeil, niveau de stress, alimentation, statut inflammatoire…
En pratique, le SPM n’a pas une seule “forme” : il dépend du contexte hormonal, du stress, du sommeil, de l’alimentation, du terrain inflammatoire, du microbiote… et il peut varier d’un cycle à l’autre.
Certaines femmes ne sont gênées que 1–2 jours, d’autres sentent une vraie bascule émotionnelle sur une semaine entière : ce n’est pas “dans la tête”, et ce n’est pas toujours “à prendre sur soi”.
Le TDPM : quand le SPM devient invalidant
La différence fondamentale du TDPM avec le SPM tient à l’intensité et à la nature des symptômes :
| SPM | TDPM | |
|---|---|---|
| Prévalence | ~75 % des femmes | 3 à 8 % |
| Symptômes | Modérés, gênants | Sévères, invalidants |
| Dominante | Physique + émotionnel | Psychiatrique (dépression, anxiété intense) |
| Impact quotidien | Limité | Très important (vie pro, sociale, relationnelle) |
| Durée | Quelques jours | 10 à 14 jours avant les règles |
Le TDPM est cyclique : les symptômes apparaissent systématiquement en phase lutéale (10 à 14 jours avant les règles) et s’estompent à l’arrivée des menstruations. Ce caractère cyclique est lui-même épuisant : les femmes qui en souffrent savent que ça reviendra, encore et encore.
Les symptômes caractéristiques du TDPM incluent une dysphorie marquée (sentiment de désespoir, d’être submergée), une anxiété intense, une irritabilité ou colère incontrôlable, et des épisodes dépressifs qui disparaissent avec les règles — ce qui distingue le TDPM d’une dépression classique.
Les causes du TDPM : une affaire de neurotransmetteurs
Les causes exactes du trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) ne sont pas encore totalement élucidées. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit généralement pas d’un problème de taux hormonaux anormalement élevés ou bas. Les recherches suggèrent plutôt que certaines femmes présentent une sensibilité particulière du cerveau aux fluctuations hormonales normales du cycle menstruel, notamment aux variations d’œstrogènes et de progestérone pendant la phase lutéale.
Plusieurs mécanismes sont aujourd’hui envisagés :
1/ Une réponse cérébrale atypique aux fluctuations hormonales
Chez les femmes atteintes de TDPM, le cerveau réagirait de manière excessive aux variations hormonales normales du cycle. Ces fluctuations influencent directement plusieurs neurotransmetteurs impliqués dans la régulation de l’humeur.
2/ Des perturbations des neurotransmetteurs
Le TDPM est associé à des altérations de certains neurotransmetteurs clés, notamment :
- la sérotonine, impliquée dans la régulation de l’humeur, de l’anxiété et de l’impulsivité
- le GABA, principal neurotransmetteur inhibiteur du cerveau, impliqué dans la relaxation et la gestion du stress
- les bêta-endorphines, liées aux mécanismes de plaisir et de modulation de la douleur
Une diminution de leur activité ou une sensibilité réduite de leurs récepteurs pourrait contribuer aux symptômes émotionnels intenses observés dans le TDPM.
3/ Le rôle de l’alloprégnanolone
L’alloprégnanolone, un métabolite de la progestérone produit pendant la phase lutéale, joue un rôle important dans la modulation des récepteurs GABA-A, impliqués dans l’effet calmant du système nerveux.
Chez certaines femmes, on observe soit :
- des taux anormaux d’alloprégnanolone,
- soit une hypersensibilité du cerveau à cette molécule.
Paradoxalement, cette substance normalement anxiolytique pourrait alors provoquer irritabilité, anxiété ou instabilité émotionnelle chez les femmes atteintes de TDPM.
4/ Une prédisposition génétique
Certaines études suggèrent également une vulnérabilité génétique, notamment au niveau des gènes impliqués dans la sensibilité hormonale et la régulation de la sérotonine. Cela pourrait expliquer pourquoi certaines femmes développent un TDPM alors que d’autres tolèrent bien les fluctuations hormonales du cycle.
Il est important de noter que 70 % des femmes souffrant de TDPM ont un historique psychiatrique.
L’importance d’un accompagnement médical et psychologique
Le TDPM est un trouble reconnu par le DSM-5 (le manuel de référence des diagnostics psychiatriques). Son diagnostic repose sur la présence d’au moins 5 symptômes spécifiques sur au moins 2 cycles consécutifs.
Lire mon article autour des symptômes du TDPM
⚠️ Un accompagnement médical est indispensable. Le TDPM peut masquer ou aggraver d’autres troubles (dépression, anxiété généralisée, trouble bipolaire). Il nécessite une évaluation médicale sérieuse et, souvent, un suivi psychologique ou psychiatrique en parallèle. En consultation naturopathique, je ne pose pas de diagnostic — ce n’est pas mon rôle. Je vous invite à être suivi pour un professionnel de santé.
Un suivi psychothérapeutique (notamment les TCC — thérapies cognitives et comportementales) a montré son efficacité dans la gestion des symptômes du TDPM. L’approche médicale classique propose également des ISRS (antidépresseurs), des anxiolytiques ou des traitements hormonaux. Ces options ont leur place et ne sont pas à écarter.
La naturopathie vient en complément, jamais à la place.
Partie 2 — Solutions naturelles pour le TDPM : focus phytothérapie
Une approche globale… mais un focus sur les plantes
En naturopathie, l’accompagnement du TDPM est global : alimentation anti-inflammatoire, gestion du stress, soutien du sommeil, travail sur le microbiote, complémentation ciblée (magnésium, vitamines B, oméga-3, vitamine D…), techniques de relaxation…
Mais dans cet article, je choisis de me concentrer sur un outil que j’affectionne particulièrement : la phytothérapie. Les plantes médicinales offrent des pistes réelles et documentées pour traverser le TDPM avec plus de douceur.
Pour clarifier, je les regroupe en 2 axes :
- Axe A : soutenir l’humeur (anxiété / symptômes dépressifs)
- Axe B : soutenir l’équilibre neuro-endocrinien/hormonal
Axe A — Pour les symptômes dépressifs et anxieux
🌼 Le Millepertuis (Hypericum perforatum)
Le millepertuis est l’une des plantes les mieux étudiées pour son action antidépressive naturelle. Dans le cadre du TDPM, une étude clinique a montré une nette amélioration des symptômes chez une patiente ayant substitué ses ISRS par du millepertuis (900 mg/jour) en raison d’effets secondaires intolérables — avec un suivi positif sur au moins 5 mois.
« Les auteurs décrivent le cas d’une patiente atteinte de TDPM initialement traitée par inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). En raison d’effets secondaires gastro-intestinaux intolérables, le millepertuis (900 mg/jour) a été substitué au traitement initial, entraînant une nette amélioration des symptômes du TDPM pendant au moins cinq mois de suivi. »
Son mécanisme d’action est proche de celui des ISRS : inhibition de la recapture de la sérotonine, mais aussi de la dopamine et de la noradrénaline.
⚠️ Interactions médicamenteuses importantes : anticoagulants, contraceptifs hormonaux, antidépresseurs (ISRS +++), immunosuppresseurs, antirétroviraux, anti-épileptiques, digoxine, chimiothérapies. À ne pas associer aux ISRS — risque de syndrome sérotoninergique. Éviter les capsules d’huile de millepertuis (mauvais solvant, ne contient pas le totum de la plante).
📚 Source : PMID : 15089009 — Hypericum perforatum as an alternative to fluoxetine in the treatment of premenstrual dysphoric disorder (Hicks et al., 2004)
🧡 Le Safran (Crocus sativus)
Le safran est une épice aux propriétés antidépressives, analgésiques et antioxydantes bien documentées. Une étude clinique publiée en 2020 a évalué son efficacité spécifiquement dans le TDPM, en comparaison à la fluoxétine (un ISRS de référence) et un placebo.
Résultats : le safran a montré une amélioration significative des symptômes par rapport au placebo, avec nettement moins d’effets indésirables que la fluoxétine. Une alternative phytothérapeutique prometteuse et bien tolérée.
⚠️ Attention si prise d’ISRS : une vigilance s’impose en cas d’association avec des antidépresseurs de type ISRS (risque de potentialisation sérotoninergique). Toujours en parler avec votre médecin.
📚 Source : PMID : 33457343 — Saffron (Crocus sativus) versus fluoxetine in treatment of premenstrual dysphoric disorder: A randomized clinical trial (Amateau et al., 2021)
🌱 Le Griffonia (Griffonia simplicifolia)
Le griffonia est une plante africaine dont les graines sont riches en 5-HTP (5-hydroxytryptophane), un précurseur direct de la sérotonine. C’est en quelque sorte le « matériau brut » dont le cerveau a besoin pour fabriquer ce neurotransmetteur de l’humeur.
Une étude clinique portant sur la prise de L-tryptophane en phase lutéale a démontré une réduction de la dysphorie, des changements d’humeur, de la tension et de l’irritabilité en cas de TDPM. Le griffonia agit par ce même mécanisme sérotoninergique.
⚠️ Contre-indication formelle avec les ISRS. L’association griffonia + ISRS peut provoquer un syndrome sérotoninergique (nausées, agitation, tremblements, voire urgence médicale). Si vous prenez des antidépresseurs, cette plante n’est pas pour vous sans avis médical.
📚 Source : PMID : 2128121 — A placebo-controlled study of the effects of L-tryptophan in patients with premenstrual dysphoria (Steinberg et al., 1990)
Axe B — Pour l’équilibre hormonal
🌿 Le Gattilier (Vitex agnus-castus)
Le gattilier est une plante neuro-endocrinienne remarquable. Il n’agit pas uniquement sur les hormones : il module directement plusieurs types de neurones dans le cerveau, ce qui en fait un allié de choix pour le TDPM.
Ses actions principales :
- Dopaminergique (D2) : ses diterpènes agissent comme des agonistes de la dopamine → freine la sécrétion de prolactine
- Progestative : stimule la sécrétion de progestérone par le corps jaune (action lutéotrope prouvée), allonge la phase lutéale
- Sérotoninergique : aide à stabiliser l’humeur et à réguler les comportements anxieux et dépressifs
- Opioïdergique : action antalgique et modulation de l’humeur
Une revue systématique de 8 essais contrôlés randomisés a montré que le gattilier est une alternative sûre et efficace pour les symptômes du SPM et du TDPM.
📚 Source : PMID : 29063202 — Vitex agnus-castus extracts for female reproductive disorders: a systematic review of clinical trials (van Die et al., 2013)
À noter : il n’existe pas d’étude avec preuve directe que le gattilier agit sur le TDPM via la progestérone uniquement. Les publications disponibles montrent néanmoins son potentiel intérêt dans l’insuffisance lutéale et les anomalies de production de progestérone, ce qui en fait une piste pertinente à explorer dans un accompagnement individualisé.
⚠️ Contre-indications importantes :
- Antécédents de cancer hormono-dépendant
- Grossesse, allaitement, puberté
- Antécédents psychiatriques (dépression sévère, trouble bipolaire, schizophrénie) — le gattilier peut aggraver un syndrome dépressif sévère. En cas de doute, commencer par l’alchémille vulgaire.
- Interactions médicamenteuses : antipsychotiques/neuroleptiques, antiparkinsoniens, antidépresseurs ISRS
- Impact possible sur la thyroïde
Un mot important : ne vous supplémentez pas à l’aveugle
Les plantes présentées dans cet article ont des effets réels — et c’est précisément pour cela qu’elles ne s’utilisent pas sans réflexion. Dosage, timing dans le cycle, interactions médicamenteuses, contre-indications individuelles… chaque détail compte.
Un accompagnement naturopathique est là pour vous aider à faire les bons choix, adaptés à votre profil, vos antécédents et vos traitements en cours.
Si vous prenez des ISRS (antidépresseurs de type inhibiteurs de la recapture de la sérotonine), plusieurs des plantes mentionnées ici (millepertuis, griffonia, safran) nécessitent une vigilance particulière ou sont contre-indiquées. Consultez impérativement votre médecin avant toute prise.
Vous vous reconnaissez dans ces symptômes ? Vous souhaitez être accompagnée pour traverser votre cycle avec plus de douceur ? Réservez une séance découverte — je serais ravie d’échanger avec vous.
Sources :
Grand manuel de la phytothérapie, Eric Lorrain
Conférence Gestion du SPM (Syndrome Prémenstruel) et du TDPM (Trouble Dysphorique Prémenstruel) grâce à la phyto-aromathérapie – Dr Carole Minker et Marie-Liesse Goutte (Phytofemme)


