Le SOPK à l’adolescence représente un défit spécifique. Son diagnostic d’abord qui complexe compte tenu de l’apparition récente des 1ère règles. Ensuite son accompagnement qui doit prendre en compte les spécificités de l’adolescence : relation difficile avec son apparence, culpabilisation, incompréhension…
🌺 Le diagnostic du SOPK à l’adolescence
Qu’est-ce que la ménarche ?
La ménarche correspond tout simplement aux premières règles.
Elle marque une étape importante du développement pubertaire, mais elle ne signifie pas que le cycle menstruel est immédiatement régulier.
Après la ménarche, il est normal que les cycles soient irréguliers pendant un certain temps : le système hormonal est encore en maturation. Cette phase de transition peut durer plusieurs années, ce qui explique pourquoi les cycles irréguliers ne sont pas automatiquement considérés comme pathologiques chez une adolescente.
👉 En France, l’âge moyen des premières règles est de 12,8 ans.
Le SOPK à l’adolescence : la difficulté du diagnostic à un jeune âge
Le diagnostic du Syndrome des Ovaires Polykystiques (SOPK), aussi appelé Polycystic Ovary Syndrome (PCOS) dans la littérature scientifique, est particulièrement complexe à l’adolescence. Les signes habituels du SOPK — cycles menstruels irréguliers et hyperandrogénie (acné sévère, hirsutisme) — font en effet partie des caractéristiques normales de la puberté chez de nombreuses jeunes filles. Cela rend l’identification d’un SOPK véritablement pathologique difficile à faire, en particulier dans les premières années suivant la ménarche.
Les critères diagnostiques classiques du SOPK utilisés chez l’adulte (tels que l’aspect polykystique des ovaires à l’échographie) ne sont pas recommandés chez les adolescentes car ces traits peuvent être simplement physiologiques pendant le développement pubertaire. (1)
Pourquoi les critères classiques du SOPK ne sont pas adaptés aux adolescentes ?
Chez l’adulte, le diagnostic du SOPK repose le plus souvent sur les critères de Rotterdam, qui incluent :
- des troubles de l’ovulation,
- une hyperandrogénie (clinique ou biologique),
- et/ou des ovaires d’aspect polykystique à l’échographie.
Cependant, ces critères ne tiennent pas compte des spécificités hormonales de l’adolescence.
« Les critères de Rotterdam sont les plus largement utilisés pour le diagnostic du SOPK ; cependant, ils ne tiennent pas compte de la différence entre la physiologie féminine adulte et adolescente. Le diagnostic chez les adolescentes peut notamment être difficile en raison du chevauchement des caractéristiques diagnostiques du SOPK avec la physiologie normale de la puberté. Ainsi, les critères de Rotterdam entraîneraient un surdiagnostic des adolescentes atteintes du SOPK. »
Fahs D, Salloum D, Nasrallah M, Ghazeeri G. Syndrome des ovaires polykystiques : physiopathologie et controverses sur le diagnostic
Autrement dit, appliquer ces critères trop tôt peut conduire à diagnostiquer un SOPK chez des adolescentes dont le corps est simplement en train de se réguler naturellement.
Le rôle de la Monash University dans les recommandations actuelles
La Monash University, située en Australie, est une référence internationale dans la recherche sur le SOPK. Elle est à l’origine (ou co-autrice) des recommandations internationales basées sur les preuves scientifiques pour le diagnostic et la prise en charge du SOPK, utilisées aujourd’hui par de nombreux professionnels de santé dans le monde.
Ces recommandations insistent sur la nécessité d’adapter les critères diagnostiques à l’adolescence, afin d’éviter les diagnostics erronés ou prématurés.
Les cycles irréguliers sont considérés comme normaux la première année après les premières règles, dans le cadre de la transition pubertaire.
Au-delà, certains critères permettent de mieux définir ce qui sort de la variabilité physiologique normale :
- Un cycle qui survient tous les 90 jours ou plus, un an après les premières règles.
- Des cycles inférieurs à 21 jours ou supérieurs à 45 jours, entre un et trois ans après les premières règles.
- Des cycles inférieurs à 21 jours ou supérieurs à 35 jours, plus de trois ans après les premières règles.
- Une aménorrhée primaire, c’est-à-dire une absence de règles :
- à 15 ans,
- ou trois ans après le début du développement des seins.
Ces repères permettent de distinguer ce qui relève d’une maturation hormonale normale de ce qui peut justifier une exploration plus approfondie.
L’importance de la pédagogie autour du diagnostic
Un diagnostic de SOPK à l’adolescence nécessite une pédagogie adaptée. En effet, chez les adolescentes, l’expression des symptômes peut provoquer :
- de l’incompréhension,
- de l’anxiété,
- un sentiment de pathologisation d’un corps en développement.
Une explication claire du diagnostic — ce qu’il signifie, ce qu’il ne signifie pas, les critères utilisés, et les conséquences possibles — est essentielle pour réduire l’anxiété et favoriser une meilleure compréhension corporelle. Une telle pédagogie est au cœur de l’accompagnement naturopathique, qui met l’accent sur l’écoute des signaux du corps, la compréhension des processus hormonaux et l’autonomisation des jeunes femmes à travers l’éducation à la santé.
👩🏻 Traitement et prise en charge du SOPK à l’adolescence
L’importance du suivi médical
Le SOPK est associé à des risques à court et long terme, incluant des complications métaboliques comme l’insulinorésistance et un risque augmenté de diabète de type 2, ainsi que des conséquences psychologiques liées à l’image corporelle et aux troubles menstruels.
Un suivi médical reste essentiel pour :
- exclure d’autres pathologies pouvant expliquer les symptômes,
- suivre l’évolution hormonale et métabolique,
- adapter les stratégies thérapeutiques selon l’âge et les besoins,
- surveiller les risques associés (par exemple dépistage du glucose sanguin, santé mentale).
Selon les recommandations internationales, certains traitements médicaux peuvent être envisagés même à l’adolescence (à adapter individuellement), notamment la pilule contraceptive combinée pour l’irrégularité des cycles ou l’hyperandrogénie, et la metformine pour l’insulinorésistance.
Comment la naturopathie peut intervenir en complément
La naturopathie ne se substitue pas au suivi médical, mais apporte un complément pertinent en adoptant une prise en charge holistique :
- Education nutritionnelle adaptée pour soutenir l’équilibre glycémique.
- Approches de gestion du stress et du sommeil, qui influencent l’axe hormonal.
- Conseils d’hygiène de vie réalistes, centrés sur l’écoute de soi plutôt que sur des normes externes.
Ces axes interviennent non pas pour « corriger » le SOPK mais pour favoriser un terrain favorable au fonctionnement corporel, réduire l’intensité des symptômes et améliorer la qualité de vie à long terme.

🍃 Les difficultés de l’accompagnement SOPK à l’adolescence
Variations hormonales normales : prudence avec certaines approches
L’adolescence est une période de transition hormonale intense. De nombreuses stratégies adultes (notamment certaines plantes ou compléments fortement hormonaux) ne sont pas recommandées chez l’adolescente en raison du manque de maturité du système endocrinien. Cela inclut, par exemple, des plantes ou substances qui agissent directement sur des axes hormonaux précis sans que l’impact à long terme dans un système en développement soit bien établi.
L’acceptation de son corps
Au-delà des aspects biologiques, l’adolescence est une période de construction identitaire et corporelle. Les adolescentes avec SOPK peuvent vivre :
- une relation difficile avec l’apparence de la peau (acné),
- l’image du corps et de la pilosité,
- une inquiétude face à des normes sociales souvent irréalistes.
Un accompagnement qui valorise l’écoute de soi, l’acceptation du corps et la compréhension des signaux physiologiques contribue à renforcer l’estime de soi et à réduire l’impact psychologique du diagnostic.
Le risque des approches trop restrictives
Enfin, à cet âge où la croissance et le développement sont encore en cours, les approches restrictives — qu’elles soient alimentaires, comportementales ou « orientées performance » — peuvent être particulièrement néfastes. Elles peuvent :
- favoriser des troubles du comportement alimentaire,
- augmenter le stress corporel,
- perturber davantage l’axe hormonal,
notamment lorsque la restriction est utilisée comme mode de gestion du poids ou des symptômes.
Une approche douce, basée sur la compréhension, le respect des signaux du corps et l’intégration progressive de nouvelles habitudes (et non de contraintes drastiques) est scientifiquement et cliniquement recommandée pour cette tranche d’âge.
Conclusion
Le SOPK à l’adolescence est une entité particulière, avec des défis diagnostiques et thérapeutiques qui lui sont propres. Le diagnostic requiert une interprétation adaptée au contexte hormonal de la puberté, et le traitement doit être pensé de façon globale, personnalisée et en complémentarité avec un suivi médical. Enfin, l’accompagnement à cet âge doit être respectueux du corps, pédagogique et non restrictif, afin de soutenir durablement la santé physique et psychologique des jeunes femmes concernées.
📚 Sources citées
- International evidence-based guideline for PCOS : diagnostic et prise en charge chez les adolescents (Monash University).
- International evidence-based recommendations for PCOS in adolescents.
- Polycystic ovary syndrome in adolescence : diagnostic & therapeutic strategies.
- Updated adolescent diagnostic criteria & long-term BMI trajectories.
- Fahs D, Salloum D, Nasrallah M, Ghazeeri G. Syndrome des ovaires polykystiques : physiopathologie et controverses sur le diagnostic. Diagnostics . 2023 ; 13(9) : 1559.


