Quand une prise de sang révèle un manque de fer, on repart souvent avec une ordonnance et peu d’explications. Remonter sa ferritine demande pourtant du temps, et le chemin n’est pas toujours simple : traitement mal toléré, résultats qui stagnent, cause jamais vraiment cherchée.
Dans cet article, je fais le point sur ce qui aide à reconstituer ses réserves de fer : comprendre d’où vient le manque, mieux absorber le fer, connaître les différentes formes, et savoir quoi explorer quand la ferritine ne remonte pas. Si vous vous demandez encore si vous êtes concernée, commencez par les signes d’une carence en fer.
🩸 À partir de quand agir ?

On n’agit qu’après avoir réalisé une prise de sang. La ferritine est ce qui reflète vos réserves de fer : c’est elle qu’il faut regarder en complément d’une numération (NFS). La NFS peut rester normale alors que vos réserves sont déjà vides.
En septembre 2026, la Société américaine d’hématologie (ASH) a relevé les seuils en dessous desquels elle parle de carence en fer. A noter que ce sont les seuils américains. Ils ne s’imposent pas aux laboratoires ni aux médecins français, mais ils donnent un repère pour en discuter avec le vôtre. Je détaille la lecture du bilan dans l’article sur la ferritine.

⚠️ Pas de fer « au cas où ». Le fer n’est pas un complément anodin : en excès, il est pro-oxydant, et l’ANSES rappelle que des apports trop élevés sont associés à un risque accru de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de cancers digestifs. La fatigue a aussi bien d’autres causes. Sans bilan, on ne se complémente pas.
Sources : ASH, Clinical Practice Guidelines on Diagnosis of Iron Deficiency, Blood Advances, 2026 ; ANSES, « Le fer », 2022.
🔍 Chercher la cause avant de compléter
Une ferritine basse est un signal, pas une explication. Si la cause n’est pas traitée, le fer remonte pendant la cure puis redescend. Les causes les plus fréquentes se rangent en trois familles.
Vous perdez trop de fer
- Règles abondantes ou longues : c’est la première cause chez les femmes réglées.
- Saignements digestifs discrets (gastrite, ulcère, polypes, maladie inflammatoire de l’intestin).
- Certains médicaments qui favorisent ces saignements : anti-inflammatoires, aspirine, anticoagulants.
Vous n’en apportez pas assez
- Alimentation végétarienne ou végétalienne non ajustée, ou très peu de viande et de poisson.
- Besoins augmentés : adolescence, grossesse, allaitement, sport intensif.
- L’ANSES fixe le repère à 11 mg de fer par jour pour une femme adulte, et à 16 mg quand les pertes menstruelles sont élevées.
Vous l’absorbez mal
- Maladie inflammatoire de l’intestin, chirurgie bariatrique, parasites.
- Maladie cœliaque, infection à Helicobacter pylori, médicaments anti-acide au long cours.
- Inflammation chronique, qui bloque l’absorption du fer (voir plus bas l’hepcidine).
🔎 À retenir : rechercher la cause est le rôle de votre médecin. Des règles très abondantes ou une ferritine qui chute sans raison méritent toujours une consultation.
Source : ANSES, « Le fer », 2022.
🥗 Mieux absorber le fer dans l’assiette
L’alimentation seule remonte rarement une ferritine très basse, mais elle conditionne tout le reste : c’est elle qui maintient le niveau une fois la cure terminée.
Le fer existe sous deux formes. Le fer héminique (viande rouge, boudin noir, abats, poisson, fruits de mer) est le mieux absorbé. Le fer non héminique (lentilles, pois chiches, haricots blancs, tofu, graines de sésame) l’est moins bien, et son absorption dépend beaucoup de ce qui l’accompagne.
4 réflexes :
- Ajouter de la vitamine C au repas : jus de citron, persil, poivron cru, kiwi ou agrume en dessert.
- Éloigner le thé et le café des repas : leurs tanins freinent l’absorption du fer. Gardez-les à distance des repas riches en fer.
- Eloigner également le calcium : il existe notamment un phénomène de compétition entre le fer et le calcium au niveau des transporteurs pour traverser la barrière intestinale.
- Faire tremper les légumineuses une nuit avant cuisson, pour réduire les phytates qui gênent l’absorption.
Si vous êtes végétarienne ou végane, ces réflexes comptent double. J’en ai fait une recette complète : améliorer ses apports en fer d’origine végétale.
A noter que je vous déconseille de suivre au sens stricte ces 4 réflexes. Si vous avez des troubles du comportements alimentaires, si vous n’êtes pas végétarien et si votre carence en fer pour être améliorer rapidement via d’autres moyens, évitez de mettre en place des conseils alimentaires qui vous semblent trop strictes ou restrictifs.
💊 Les différentes formes de fer
Toutes les formes de fer ne se valent pas, ni en tolérance ni en statut. Certaines sont des médicaments, prescrits par votre médecin. D’autres sont des compléments alimentaires, moins dosés.
| Forme | Où la trouver | Tolérance digestive | À retenir |
|---|---|---|---|
| Sulfate de fer (et autres sels de fer classiques : fumarate, succinate) | Médicament, prescrit par votre médecin | Peut être plus difficile : constipation, nausées | La forme de référence en France, et la plus dosée |
| Bisglycinate de fer | Complément alimentaire | Généralement bonne | Quand le fer classique passe mal. Moins dosé : 14 mg par jour au maximum en France |
| Fer liposomal | Complément alimentaire | Généralement bonne | Quand les autres formes de fer sont mal tolérées. Plus récent et plus cher |
| Fer en perfusion | À l’hôpital, sur décision médicale | Pas d’effet digestif | Quand la voie orale ne suffit pas ou n’est pas tolérée |
😣 Je ne supporte pas le fer qu’on m’a prescrit
Vous avez commencé votre traitement, et depuis votre ventre proteste : constipation, nausées, diarrhée, douleurs abdominales. Le lien n’est pas toujours fait, alors qu’il est connu. Ces effets figurent sur la notice des médicaments à base de fer, qui les annonce chez 1 à 10 % des personnes. Dans une analyse de 43 essais, ils étaient environ deux fois plus fréquents sous sulfate ferreux que sous placebo.
Une partie de l’explication tient à l’absorption : seuls 10 à 20 % de la dose avalée passent dans le sang. Le reste poursuit son chemin dans l’intestin.
Ce qui est normal, ce qui ne l’est pas
- Des selles noires : c’est attendu avec le fer
Ce dont vous pouvez parler avec votre médecin ou votre pharmacien
- Le moment de la prise. Le fer s’absorbe mieux à jeun, mais la notice prévoit qu’il peut être pris pendant le repas en cas de troubles digestifs.
- La forme de fer. Toutes ne sont pas tolérées de la même façon (voir le tableau ci-dessus).
- Le rythme de prise. J’y reviens dans la section suivante. 🙂
- Le fer en perfusion, si aucune forme par la bouche n’est supportée.
⚠️ Reconstituer ses réserves demande plusieurs mois de traitement suivi. Dites simplement à votre médecin que vous ne le supportez pas. Ils existent par ailleurs des alternatives existent.
Sources : Vidal, gamme sulfate ferreux et fiche « Fer » ; Tolkien Z. et al., PLoS ONE, 2015.
⏳ Mon fer ne remonte pas : les pistes
Remonter une ferritine prend du temps : on parle en mois, pas en semaines. La HAS rappelle qu’un traitement par fer dure habituellement 4 à 6 mois. Si votre bilan ne bouge pas malgré un traitement bien suivi, voici les pistes à passer en revue avec votre médecin.
- Les pertes continuent. Tant que des règles très abondantes ne sont pas prises en charge, le fer repart aussi vite qu’il arrive. C’est la piste la plus fréquente, et la plus souvent oubliée.
- Le fer n’est pas absorbé. Prise en même temps que le thé ou le café, trouble digestif non identifié, médicament qui gêne l’absorption.
- Une inflammation bloque le passage. L’inflammation chronique fait monter l’hepcidine, l’hormone qui ferme la porte au fer (voir ci-dessous). Dans ce cas, la ferritine peut même sembler correcte alors que le fer manque : d’où l’intérêt de doser aussi la CRP et la saturation de la transferrine.
- Le traitement n’est pas pris régulièrement, souvent parce qu’il est mal toléré. A discuter avec votre médecin.
- Le sport intensif. L’entraînement augmente les besoins et freine l’absorption du fer dans les heures qui suivent.
- Ce n’est pas (seulement) le fer. Une fatigue qui persiste alors que la ferritine remonte doit faire chercher ailleurs : thyroïde, vitamine B12, B9, vitamine D, sommeil.
L’hepcidine : quand prendre plus ne fait pas absorber plus
L’hepcidine est une hormone fabriquée par le foie. Elle règle la quantité de fer que l’intestin laisse entrer, un peu comme l’insuline règle le sucre. Quand vous prenez une dose de fer, l’hepcidine monte et ferme la porte pendant un moment. L’inflammation la fait monter aussi.
Une étude menée chez 19 femmes anémiées par manque de fer l’a mesuré : après une prise, l’hepcidine reste élevée 24 heures et revient à son niveau de départ au bout de 48 heures. Le fer pris un jour sur deux était absorbé 40 à 50 % mieux que celui pris deux jours de suite.
L’étude est petite, mais elle ouvre une piste concrète : si votre ferritine stagne, le rythme de prise fait partie des questions à poser à votre médecin. Ce n’est pas à décider seule.
Source : Stoffel N.U. et al., « Iron absorption from supplements is greater with alternate day than with consecutive day dosing in iron-deficient anemic women », Haematologica, 2020.
🤝 Se faire accompagner en naturopathie
Le diagnostic et le traitement d’une carence en fer relèvent de votre médecin. Mon rôle vient en complément, nous prenons le temps ensemble d’explorer :
- Vos apports réels : un bilan alimentaire pour voir où se trouve le fer dans vos assiettes, et ce qui peut freiner éventuellement son absorption. On ajuste les conseils alimentaires pour ne pas mettre en place des actions inutiles.
- Votre digestion : ballonnements, transit, inconfort… On explore le système digestif pour observer si la problématique était déjà présente avec la prise de fer.
- Votre cycle : des règles abondantes ont souvent un contexte hormonal sur lequel on peut travailler, en lien avec votre médecin ou votre gynécologue.
- La tolérance : des ajustements concrets pour vous permettre de remonter votre taux de fer sans subir les troubles digestifs.
- L’après : mettre en place une stratégie pour garder vos réserves une fois qu’elles sont remontées.

Réservez une séance découverte gratuite. C’est l’occasion de faire le point sur votre situation, de comprendre ce que la naturopathie peut vous apporter concrètement et de décider ensuite si l’approche vous convient ou non.
📝 Les questions à poser à votre médecin
- Ma ferritine a-t-elle été dosée, ou seulement ma numération ?
- Mes règles abondantes ont-elles été prises en compte dans l’interprétation ?
- Faut-il doser aussi la CRP et la saturation de la transferrine ?
- Quelle est la cause probable de mon manque de fer ?
- Je supporte mal mon traitement : peut-on changer de forme ou de rythme ?
- Dans combien de temps refait-on une prise de sang ?
FAQ remonter ma ferritine
Plusieurs mois : un traitement par fer dure habituellement 4 à 6 mois. C’est votre médecin qui fixe la durée et la date du contrôle.
Quand la ferritine est très basse, l’alimentation ne suffit généralement pas. Elle reste indispensable pour maintenir le niveau ensuite.
Non, mais les effets digestifs sont fréquents. La forme, la dose et le rythme de prise peuvent être ajustés avec votre médecin.
Non. Un excès de fer est nocif, et la fatigue a beaucoup d’autres causes. Consulter votre médecin en priorité.
Non. C’est une plante d’entretien, pas un traitement de la carence.
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